Nous voila au Népal, à nouveau réunis
entre voyageurs. Marianne et ses 2 aviateurs ont bien terminé leur
parcours de Lhassa à Katmandou par la route 318, et Boudha m'a
assisté dans mon ascension.
Nous voici donc dans le quartier Thamel, à Katmandou parmi les
aventuriers, les babas-cool, les himalaystes, les fumeurs de plantations,
les Bob Marley, les sniffeurs de curry et autres spécialistes
de voyages intensifs. Le Népal, c'est le bazard-complet, mais
c'est la vie ; vie asiatique. Couleurs et fantaisie. Des vaches sont
au milieu d'une rue avec un bus en panne et des motos, des voitures,
des flics dépassés, des vélos, des piétons
tentent de contourner tout ça. C'est ca la fantaisie népalaise.
Il y a plus d'un mois que nous n’avons pas donné de nouvelle.
C'était le temps qu'il a fallu a Marianne, Claude et Jean-Loup
pour faire la liaison en vélo des 2 capitales mythiques, pendant
que moi, je préparais une ascension hautement spirituelle. Malgré des
assouplissements notables, le Tibet reste toujours officiellement fermé aux
touristes individuels. Des groupes en 4x4, des bus de touristes, beaucoup
de vélos, aussi, circulent
désormais sur la route 318 entre Lhassa et Katmandou, mais les
individuels n'ont toujours pas le droit aux transports. C'est une règle
chinoise.
Alors comme j'avais laissé mon vélo a Claude en échange
des affaires de montagne qu'il m'a amené de France, j'en ai
acheté un autre à Lhassa afin de me rendre à Tingri,
le village situe au pied du Cho Oyu. Un VTT chinois a 5 vitesses équipé "Tuning" avec
2 porte-bagages, le tout, tenez-vous bien, pour 350 Yuans ! (35E),
avec garantie totale qu'il devrait rouler. J'avais prévu une
caisse a outils en proportion, mais il a marche comme un John Deer.
J'ai quand même pu quitter Lhassa en bus, jusqu'a Shigatse, la
deuxieme ville du Tibet, elle, autorisée. Ensuite : démerde-toi
mon gars ! Il restait 400km.  www.bielefeldt.de/hohebergee.htm.
Une première voiture
pilotée
par des ingénieurs m'a trimbalé sur 45km, jusqu'à leur
baraque de chantier. Puis, j'ai chargé le vélo des 40kg
de bagages et je suis parti. Au premier coup de pédale, le sac
de montagne a l'avant m'a carrément déséquilibré sur
de l'autre côté de la route. Je me suis retrouvé en
sens inverse, comme un marocain sur son âne qui ne veut pas aller
au champ. J'ai passé péniblement un premier col a 4500m.
Mais avant le deuxième, à 5200m, j'ai étudie la
question.
Dans le village, j'ai repéré un
chinois avec une bonne tête, et surtout, une bonne moto. Ma première
proposition l'a laissé pantois. Lorsque j'ai insiste en sortant
2 gros billets de la poche, il a change d'optique : il est aller faire
le plein et a acheté 2 tendeurs. A la sortie du village, après
le check post, nous avons fixe les 2 sacs a l'arrière de la
moto et attache la corde de montagne derrière pour qu'il me
tracte. Le convoi avait belle allure, le chinois semblait encore plus
fier que moi. En fait, je ne faisais pas le malin derrière,
car la route en travaux, fort mauvaise, passait dans le lit de la rivière,
et carrément dans la rivière. De plus, les camions surchargés,
impossible à doubler, crachaient une poussière terrible.
On évoluait dans le brouillard.
Vers 5000 m, la moto a commence à donner des signes d'asphyxie
malgré les arrêts d'acclimatation. Je me voyais déjà tracter
la moto à mon tour... Mais le sommet du col est apparu sous
les drapeaux à prières. Satisfaction ! De l'autre côté,
s'étale un vaste plateau descendant, habité de nomades
sous tente avec yaks, et au bout, des sommets blancs à 6000
m. J'étais doublement heureux d'arriver ici en trouvant un beau
coin où j'envisageais de stationer quelques jours afin de parfaire
mon acclimatation à l’altitude.
Malheureusement, suite à la poussière des camions, j'ai
attrapé une bronchite et j'ai perdu le moral. Vouloir monter à 8000
avec une bronchite, c'est comme vouloir courir sur une jambe.
Durant les 5 jours de mon séjour en ses lieux, j'ai eu la visite
de tous les nomades de passage. Ces gens-là vivent à 5000m
sous des tentes incroyables dans un état de dénuement
total. La toile est en poils de chèvres tissés, avec
un mat au milieu, et une famille entière dessous pour 4 m².
Le poêle à bouses et les gamelles cabossées sont à l'extérieur,
les chiens aussi, pardi ! Et les yaks ont un muret en arc de cercle
pour se protéger du vent. Quand on voit ces gens-là dans
ces conditions, on a honte du peu de partage des richesses. On a au
moins une idée plus nette de ce qu'est la vie au grand air. Le plus vieux est venu me
voir un jour à l'heure de l'apéro. De son sac en poil
de chèvres, il en a sorti son précieux réceptacle
en cuir d’où il a tiré 2 poignées de Tsampa
empli à base de farine d'orge. Les deux poignées sont
allées directement dans un bol en bois-fait-main. Puis il a
ajouté du thé au beurre de yak qu'il transportait dans
un thermos maison constitué en fait d'une bouteille de Coca
elle-même entourée de bouts de tissus noirs. On a constitue
une pâte avec les doigts avant d'avaler ça à l'aide
du thé. Voila ce que mangent quotidiennement les tibétains
!
Pour compléter le
menu, j'ai amené des pommes et des
biscuits sales chinois. Il m'a proposé son couteau pour couper
mon fruit, la lame portait encore des bouts de graisse du dernier mouton écorché.
Il s'est régalé en dépit de ses gencives nues
; il n'avait plus que 5 dents devant. 5 dents immensément longues
et jaunies, tel un vieux grizzli. Sa peau, aussi, était épaisse
et burinée comme un animal sauvage. Et il sentait le beurre
rance ; l'odeur que portent en eux au fond de leur cœur tous
les tibétains. Je crois que je l'observais plus qu'il ne m'observait.
On parvenait à se comprendre par gestes simples. Pour me demander
si j'avais une femme, il m'a fait le geste de la pénétration
: l'index qui rentre dans un rond... J'ai fait oui de la tête
en m'essayant à son geste délicat. Il s'est intéressé ensuite
a mon matériel, et particulièrement à l'Opinel planté
dans la tourbe. Je lui ai laissé. Cadeau de valeur pour lui.
Tous les autres yakers sont
passés, pour me voir, et pour voir
si d'autres Opinels traînaient aussi dans la tourbe. Chacun d'eux
mériteraient d'être longuement décris,
car chacun d'eux portaient, avaient, disaient, faisaient, sentaient
quelque chose d'unique. Les tibétains, c'est sûr, sont les gens
les plus rustiques que nous ayons vus, peut être même les "number
one" sur la terre depuis que les esquimauds habitent dans des
chalets préfabriqués et qu'ils se déplacent en
Skidoo. Presque tous les soirs, un orage éclatait. Grêle
et éclairs.
Il ne fallait pas traîner dehors. Pendant que la foudre tombait
sur les petits sommets tout autour, les grêlons claquaient sur
la toile de tente avec un bruit étonnant. L'orage laissait à chaque
fois la même quantité glace au sol : 5 cm et me gratifiait
d’un beau ciel noir fuselé de lumière.Ce soir-là,
la grêle
avait épargné les
voyageurs et j'ai entendu une main ouvrir l'abside de la tente. Une
princesse est entrée. Elle avait le visage marqué par
le soleil, la poussière et la fatigue et sa peau était
froide, mais elle m'a embrassé.
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lespagnol.europe2blog.fr/des_pur_images/2005/06/.
Je ne rêvais pas : les deux autres chevaliers,
le bonnet de travers, la doudoune rapiécée, les
visages mal rasés et les yeux lourds, sont arrivés
ensuite sur leur chevaux à 2 roues. C'était ma
grenouille, son père et Jean-Loup. Nous sommes partis
ensemble le lendemain. La vallée, toujours très
aride, descend doucement le long de villages en terre entourés de quelques
maigres cultures d'orge et de troupeaux. Les lieux ne présentent pas une
grande diversité contrairement à l'Est du Tibet qui nous avait
conquis car, plus vert, plus doux... plus vivable quoi ! Ici, entre 4000 et 5000
m,
les paysages pelés ne reçoivent pas de pluie et les tibétains
et leur terre sont desséchés par le vent. La vie appararaît
impossible pourtant ils s'accrochent à ces lieux inhospitaliers. Que font-ils
ici ?
Ils ont pris l'habitude de tendre la main
face au tourisme; leur nouvel espoir. L'espoir numéro
2, après
celui que procure la religion. Les tibétains cultivent
l'orge et prient. Orge et religion. Ils se font des orgies
de religion ! Et puis, nous sommes arrivés aux abords
d'un check post chinois réputé comme le plus
infaillible d'entre tous. On est allé le repérer
aux jumelles le soir avant de se lancer le lendemain dans la
pénombre
du matin. A 6h, les nombreux camions avaient décidé de
foirer notre plan : les 3 militaires etaient bien réveillés.
En passant sous la barrière en inclinant les vélos,
une pédale a touché le goudron, un militaire
s'est retourné et il est arrivé avec une grosse
lampe torche qu'il a braqué sur les 3 fuyards bien décidés à filer.
Moi, contraint à la lenteur avec mon chargement, je
me suis retrouvé coincé avec l'officier vêtu
de son long manteau, sa casquette, ses bottes et équipé de
sa lampe torche... Je me suis revu à l'époque
de l’occupation allemande, quand j'etais résistant
dans le vercors...
Mes compagnons de route étaient passés en
zone libre, moi pas. J'allais devoir passer aux aveux sous
la torture,
celle des chinois : bien plus efficace que celle des allemands.Les
2 autres militaires sont arrivés pendant que le
premier cherchait encore les 3 clandestins restant dans le
faisceau de sa lampe en appelant : "Hey ! Hey !... " Les
deux militaires qui m’entouraient se sont mis à rigoler,
et tous les 3 ont pris comme un fou rire... Je n'invente rien.
Puis, tentant de se reprendre un peu, ils se sont tournés
vers moi sur un ton plus solennel : "Passeport !" Il
m'a fallu déballer mes 2 sacs pour enfin le trouver,
au fond, dans le journal LIBERATION... j'invente toujours rien
!Et bien, ils ne m'ont pas libéré pour autant
: ils ont gardé le passeport et m'ont demandé d'aller
chercher les 3 terroristes. Eux m'attendaient dans le fossé après
le pont. "Vous allez devoir passer vous aussi aux aveux...
affreux". En fait, les militaires voulaient juste voir
le visa en bonne forme, c'est tout.
On s'est retrouvés subitement soulagés en remontant
sur les vélos. Au lever du jour, on a dressé un
beau petit déjeuner festif alors que les contours de
montagne se dessinaient sur la toile sommitale. Et on s'est
alors séparés ici : pour eux direction le camp
de base de l'Everest - en vélo en passant un col haut
perché, et moi je m’apprêtais à partit
sur Tingri pour 60 km quand Marianne a vu arriver un petit
camion. Il s'est arrêté et m'a charge contre un
billet, bien sûr. A l'avant se trouvait un tibétain
pur beurre et a côté de moi, une chinoise portant
un masque, visiblement indisposée par les odeurs de
viande fraîche posée sur les genoux de l'autochtone.
Derrière se côtoyaient 2 moutons, un yak dont
il ne restait que la peau et dont une partie de viande se trouvait à l'avant,
et mon vélo tout aussi sage que le pauvre yak. Tingri
est un village typique-rustique-authentique à 4400m
est localisé au début d'un long plateau qui monte
en pente douce jusqu'au pied du Cho Oyu. Le Cho Oyu. J'y etais ! La montagne est très massive,
musclée même. L'Everest est plus à gauche,
lointain, mais sa face Nord est impressionnante. Le temps semblait
beau et stable. Par contre, ma bronchite me tenait toujours
compagnie. Je prévoyais quelques jours ici avant de
m'élancer.
J'ai fait connaissance avec les nombreuses bandes de chiens éclopés,
j'ai observé les récoltes d'orge et l' égrainage,
comme au temps jadis dans le beau pays qu’est la France.
J'ai appris à faire à faire du vélo à des
gamins surexcités, j'ai mangé chinois, j'ai dormi
tibétain, je n'ai pas donné d'argent aux mendiants
en bon état ni de bonbon à personne et j'ai beaucoup
scruté le Cho Oyu en stressant. Au début du mois
d’octobre, j'ai étalé mes
affaires de montagne sur le lit et les ai vérifiées.
J'ai acheté le complément de bouffe et j'ai entassé le
tout dans le sac a dos par dessus le matériel. J'etais
prêt à partir. Voilà pour aujourd'hui.
Nous allons manger un steak de yak pour refaire nos réserves,
et demain je reprendrai la suite.
Bien à vous, Olaf
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